
Samedi (tarde). Novillada de Moreno de Silva.
L'encierro envoyé par Don José Joaquín Moreno de Silva fut très inégal de présentation et de comportement, allant du fade noble premier, au troisième possédant un fond de caste, à l'exceptionnel dernier.
Par les temps qui courent, rencontrer un vrai bravo ce n'est déjà pas si fréquent, mais quand au moins deux des trois qualités fondamentales que recherche l'aficionado a los toros chez un toro sont au rendez-vous, on savoure ces rares moments rendus possibles par les sacrifices et l'important travail de sélection d'une poignée d'éleveurs de taureaux de combat qui, contre vents et marées, résistent aux modes et aux "lois" du marché en refusant de sacrifier la bravura et la caste sur le sacro-saint autel de la noblesse moderne docile et idiote qui plaît tant aux coletudos d'aujourd'hui. C'est ce que nous avons ressenti avec Diano, ce dernier exemplaire de la course, un novillo à la bravura et à la caste exceptionnelles. Ce grand moment d'afición qui nous attendait fut malheureusement gaché par la médiocrité des hommes en piste : des piétons d'abord, qui se sont tous retirés dans la contre-piste pendant le déroulement du tercio de piques ; du novillero colombien Jonathan Moreno Muñoz ensuite qui, non content d'avoir cautionné le comportement scandaleux qui vient d'être évoqué, a fait étalage de son insuffisance muleteril ; du président de la course enfin, M. Jean-Louis Solier, qui, sacrilège, a refusé d'accorder une vuelta posthume à ce novillo alors qu'il aurait dû l'accorder illico, avant même que ne monte des étagères la pétition, pour éduquer le gentil public carcassonnais et signifier aux hommes en piste leur médiocrité.
Le novillero madrilène Juan Carlos Rey qui nous avait laissé entrevoir ses belles possibilités à Vic cette année, fut blessé au deuxième novillo de la course en rentrant droit à matar, après nous avoir offert quelques beaux gestes d'un classicisme dépouillé et alluré mais manquant de dominio et de profondeur. Ce novillero possède des qualités indéniables mais semble se contenter du minimum là où on voudrait le voir s'engager et peser davantage sur ses adversaires.
Pour l'anecdote, comme c'est chaque année la même chose à Carcassonne, un quarteron d'antis (une trentaine au maximum, dont beaucoup étrangers à nos contrées audoises) nous a accueilli bruyamment devant l'entrée de l'espace Jean Cau avec des slogans nauséabonds indiquant clairement une origine antispéciste et animaliste, tels que "si la corrida est un art, le cannibalisme est de la gastronomie" et "si la torture est un art, tous les nazis sont des Picasso" ; si cela ne s'appelle pas de la diffamation, cela y ressemble fortement ! Ajoutez à cela, dans le journal Le Midi Libre, les propos suivants d'un membre d'une association anti-corrida carcassonnaise : "les taurins ont fait main basse sur la ville, ont circonvenu la mairie et l'opinion" !
Dimanche (tarde). Novillada de Miura.
Ecœuré par la dérive mercantile et la dégénérescence observées depuis quelques années dans l'élevage de Miura, je m'étais juré de ne plus assister à une course de ce fer légendaire et encore moins d'assister à la traditionnelle novillada de Miura organisée chaque année à Carcassonne, dont le triomphalisme et la politique tarifaire particulière (40 € au lieu de 30) ne reposent sur aucune justification. Une amitié et l'appel du toril en ont voulu autrement.
L'arène fut saisie par l'effroi suite aux dramatiques blessures qu'infligea le deuxième novillo de la course à l'alguacil Christian Baile, un manso sans mauvaises intentions mais complètement paniqué dès sa sortie en piste (il beuglait et il sautait comme un cabri).
Pour ce qui est de la course proprement dite, l'encierro envoyé par les frères Miura était lourd, sérieux, solide de pattes et, fait rarissime dans cette ganadería pour être signalé, aucun novillo n'a tiré la langue : les six sont arrivés dans le dernier tiers avec la gueule fermée ! Sans être passionnante, cette course ne fut pas inintéressante.
Côté terna, rien à retenir de fondamental si ce n'est les excellentes paires de banderilles du novillero vénézuélien Hassan Rodríguez "El Califa de Aragua" qui doit sans doute prendre pour modèle le Maestro Luis Francisco Esplá si l'on en juge par son style classique et engagé bâtonnés en mains et sa façon de toréer avec la muleta sur la tête.
Pour le reste, à l'heure de la pétition des trophées, on a eu droit au comportement habituel du clan Leal en ces latitudes audoises, à savoir papa Leal (Frédéric) secouant la main et tonton Leal (Paquito) soulevant comme à son habitude la queue du novillo, spectacle minable, d'autant plus lamentable qu'au même moment, au Centre Hospitalier Antoine Gayraud de Carcassonne, l'alguacil Christian Baile menait le plus difficile des combats, celui de la Vie contre la Mort.